Mouna BAHMAD.
LE CASTING.
Comment as tu entendu parler du casting ?
Mouna : C’était la fin de l’été, avec une copine, on avait décidé de descendre en ville. Tout le monde sur la playa parlait du casting, il y avait cette bande d’animatrices qui mettaient le feu : c’était très joyeux ! Avec leurs tee-shirts noirs écrits" SUR LA PLANCHE CASTING" elles déliraient. il y a une fille animatrice qui s’est approchée de nous, m’a donné un flyer, m’a parlé du casting. Elle est revenue quelques minutes plus tard pour me dire que la réalisatrice voulait me parler.
Leila était plus loin. Leila a commencé par nous poser beaucoup de questions à propos de nous, et puis elle nous a parlé très rapidement du film : 4 filles, ouvrières textiles et crevettes, qui font les 400 coups à Tanger. Je lui ai dit que j’avais fait du théâtre au lycée, et moi qui suis très timide, j’étais surexcitée totalement déchainée, et je lui ai fait un numéro :. J’ai obtenu un RV pour le casting.
Comment s’est passé la suite ?
Mouna : Pendant mes années de lycée j’ai adoré faire partie de cette troupe de théâtre. Mais de suite, j’ai senti que c’était presque un handicap pour Leila. Au début, je sentais que Leila était partagée. Le fait que je sois « ouvrière à la zone », ça ne jouait pas forcément pour moi . Leila était un peu réticente aussi, elle avait un peu peur … du caractère témoignage, qu’on prenne le truc un peu comme « c’est mon histoire »... que mes parents ne soient pas d’accord, que le caractère « licencieux » du film les fassent reculer au milieu.
Mais je l’ai convaincue. D’abord et avant tout, je passais le casting comme jeune théâtreuse qui se bat pour avoir un rôle même tout petit, et… ouvrière spécialisée en électronique, c’est à des années lumières de filles –crevettes : autant qu’entre éboueur et employé.
Et ma sœur ainée les a convaincus (et a convaincu leila), faire un film c’est un rêve, quand il se présente, il faut le saisir, et aussi que, je n’avais pas 20 ans, mais la tête sur les épaules.
LE TOURNAGE.
Comment s’est passé la préparation, le tournage ?
Mouna : On habitait tous dans une villa. On avaient notre chambre, une cuisinière, un chauffeur. La vie de staracademy un peu…. On était super contentes. Mais on travaillait, avec un emploi du temps d’internat. La bande des quatre a marché, même si on se chamaillait souvent. Et le travail, c’était très loin de tout ce que je pouvais imaginer. C’est pas du tout… romantique.
On a commencé avec des exercices d’ « interaction », c’est un mot assez sophistiqué . On a rigolé la première fois que Leila l’a utilisé. Mais on n’avait aucune base, donc on a tout appris : interaction avec l’espace, interaction avec le temps, interaction Répéter 1000 fois… Leila voulait qu'on travail avec notre corps. Elle nous faisait marcher, courir, tomber par terre, s'empoigner.. Au théatre, je n'avais jamais vécu ça. C'était génial. Mais c'est du boulot, fatiguant, éreintant. C'était comme un entrainement physique de sportif, très long, vraiment fort et, parfois, un peu difficile. C’est physique, rugueux hrach, on doit toujours sentir le corps s’exprimer, le rythme du corps. Pas les mots. Puis c'était dûr parce que la frontière entre fiction et réalité était très grande : Je ne suis pas Imane.
Il fallait inventer Imane. Leila ne parle pas de sentiment ou d’émotion des personnages…. De « pyschologie » pour dire un mot savant. Elle nous parlait de parcours, des parcours d’Imane et de Badia, des parcours opposés.
Moi mes bases de theâtre était un poids car j’avais tendance à jouer comme sur les planches du lycée. Il fallait effacer toutes ces bases , donc apprendre à utiliser mon corps autrement, à respirer, à regarder, à me fixer.
Dès le stade des bouts d’essais, Leila tenait à tourner en extérieur. On répétait souvent dans les lieux où étaient censées se dérouler les scènes.
Au début jouer dans la rue, c’était très déstabilisant, éprouvant parfois, et en même temps c’était très stimulant de faire ça : tout de suite tu joues, tu es dans une tension, mais tu es concentrée, précise parce que justement, il y a les passants qui t’interpellent : mais tout de suite, tu joues à plein régime,tout de suite tu n’es pas Mouna, tu es Imane qui vit quelque chose dans cette rue.
(Chanson écoutée sur le tournage)
Comment vois tu leurs parcours justement ?
Au début Imane s'exprime peu, elle sort avec sa copine, sans prendre soin d’elle même, tirée par sa copine. Imane, c’est une éponge. Imane absorbe, regarde, agit en fonction des . Badia, active, mais qui va s’enfermer dans elle même. Badia est occupée à courir, elle donne tout aux autres, au fond, c’est la plus généreuse, la moins égoïste. Elle donne sans discernement. Elle devient majdouba, extralucide, elle voit pour les autres . Badia ne change pas au grès des événements. Badia reste enfermée et réagit toujours en fonction de son désir, sa peur, son sens de la survie.
Badia et Imane sont avant tout des êtres humains avant d’être des ouvrières. Ce que j’aime dans le film c’est qu’elles sont humaines, elles n’ont pas des capacités de surhumains, elles ont leurs faiblesses — elles ne sont que des êtres humains — qui essaient de tenir bon et de vivre.
(chanson écoutée sur le tournage)
OUVRIÈRE(S).